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Un concert dit contemporain

Modifié le : 2016/09/16

J’ai assis­té, ven­dre­di der­nier, à un concert où « per­for­mait », c’est le cas de le dire, mon pro­fes­seur Vincent Ranal­lo. Le pro­gramme tour­nait entiè­re­ment autour de quatre œuvres de Xena­kis, et, pour conclu­sion, une com­po­si­tion du qué­bé­cois Gabriel Dufour-Laper­rière, le tout sous le cha­peau de l’ECM

Il y a long­temps que je n’a­vais pas été « confron­té » à de la musique contem­po­raine. Je ne connais­sais pas plus que ça l’œuvre de Xena­kis, figure de proue de l’ex­plo­ra­tion musi­cale de la moi­tié du XXe siècle.

Si les œuvres pour per­cus­sions m’ont impres­sion­né, si les prouesses vocales de Vincent ren­daient à mer­veille l’es­prit d’une pièce qui m’é­chap­pait (tout le para­doxe des œuvres contem­po­raines, je crois), si la com­po­si­tion de l’é­lé­gant Dufour-Laper­rière (je suis super­fi­ciel, je sais) s’é­cou­tait, et si le public BCBG-BOBO-étu­diants-hips­ters a crié bra­vo en res­tant bien assis dans ses fau­teuils, je suis sor­ti, moi, de l’ex­pé­rience musi­cale, avec une étrange fatigue de l’esprit.

Mon pro­fes­seur me pro­met­tait un concert « sau­vage » et ori­gi­nal. D’em­blée, au pro­gramme, j’é­tais aver­ti qu’il n’y avait d’a­ni­ma­li­té que dans l’ex­pres­sion céré­brale de celle-ci quand on pou­vait lire qu’A­lice Ron­fard signait une « mise en espace ». Par­fois, à défaut de nom­mer sim­ple­ment les choses, ou parce qu’il faut jus­ti­fier son cachet, on dit félin au lieu de crier au chat. Un sou­ci plus grand dans l’é­qui­libre sonore aurait d’ailleurs été appré­cié, car on per­dait par­fois les sub­ti­li­tés vocales de Vincent, au pro­fit d’une per­cus­sion omni­pré­sente, belle certes, mais trop bruyante. La mise en espace a quelque peu occul­té la mise en sons. 

Je ne veux pas être sévère. J’ai aimé ma soi­rée, mais je crois que la musique de Xena­kis a tout sim­ple­ment vieilli et l’œuvre de Dufour-Laper­rière s’ins­crit dans la lignée bureau­cra­tique et sub­ven­tion­née des concep­tua­li­sa­tions d’une musique contem­po­raine qui se veut explo­ra­trice, mais qui stres­se­rait n’im­porte laquelle vache lai­tière qui ne demande qu’à don­ner. On a envie de leur dire à tous ces com­po­si­teurs qu’il faut pas­ser à autre chose, reve­nir au vrai cri, pas juste ten­ter de le peindre, de sor­tir des cases des rup­tures pour com­mu­nier davan­tage avec l’humanité.

Il me semble que l’âme n’y est pas. Peut-être ai-je été trop impré­gné des explo­ra­tions ani­males et sonores d’une Mere­dith Monk pour appré­cier la recherche quan­tique des musi­ciens tels Xena­kis, dont les œuvres, au final, m’ont inva­ria­ble­ment rame­né vers le théâtre chi­nois, japo­nais, sau­pou­dré d’an­cien­ne­té grecque et bali­naise, une forme de redite, relecture-tralalère.

Tout cela se tenait, enten­dons-nous bien, tout cela était pro­fes­sion­nel et exi­geant. Tout cela « son­nait ». Et qui suis-je pour par­ler ain­si ? Rien que rien. Et je ne com­prends sans doute rien que rien. La musique « pop » n’est pas meilleure à mes yeux, est sans doute pire à mes oreilles. Des com­po­si­teurs plus « simples », « zen » sont appa­rus dans le décor de la musique contem­po­raine, des Pärt, Lau­rid­sen, Tave­ner, Glass, qui me semblent être col­lés davan­tage à la peau et au rythme des hommes. Eux, je les réécoute volon­tiers. C’est plus facile, sans doute…

Si j’hume l’air du temps, je me dis que les esprits, mais sur­tout les cœurs, ont besoin de direc­tion, de sens, de phi­lo­so­phie. Tout cela me sem­blait absent durant cette soi­rée et ce n’est pas plus mal. Je suis un inculte, bien sûr, et on me rétor­que­ra que l’un n’em­pêche pas l’autre, qu’il y a place pour tout.

Certes.

J’ad­mire ces gens qui ont don­né ce concert. Ils sont pas­sion­nés, entiers, et convain­cants dans ce cré­neau fort ténu. Pour en connaître un, je sais toute la pro­fon­deur que ce tra­vail exige et la qua­li­té de leur inter­pré­ta­tion est indéniable.

J’en dis long fina­le­ment sur le vide res­sen­ti. Sans doute mon pro­pos n’a rien à voir avec ce concert après tout.

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