Un éditeur dit « oui »

Modifié le : 2017/12/26

La réponse est fina­le­ment venue. Quelques gens, qui lisent beau­coup de manus­crits, ont déci­dé que le mien en valait la peine. Le contrat n’est pas signé, je ne dévoile pas tout de suite le nom de la mai­son d’édition l ; appe­lons cela de la super­sti­tion. Tou­jours est-il que je peux racon­ter l’histoire d’une bou­teille de mous­seux qui attend son heure dans le fond de mon réfrigérateur.

Quand j’ai ache­té ma mai­son, un ami m’avait appor­té cette bou­teille en guise de féli­ci­ta­tions. Je l’avais ran­gée, puis oubliée. Au mois d’octobre der­nier, un édi­teur m’envoie un mes­sage élec­tro­nique m’annonçant que mon manus­crit avait fran­chi la pre­mière étape de lec­ture et que j’allais rece­voir une réponse dans les quinze jours. Belle coïn­ci­dence, j’entreprends le ménage d’une armoire et tombe sur la bou­teille, bien cachée, au fond, dans un sac de toile. Sur­pris, je me décide tout de même à la pla­cer au fri­go, me disant que le hasard fai­sait vrai­ment bien les choses.

Et puis, un long silence de cinq mois, entre­cou­pé de deux mes­sages m’invitant à la patience. Au mois de jan­vier, j’en étais à me deman­der s’il ne fal­lait pas sor­tir la bou­teille, la boire pour adou­cir mon angoisse ou, dans le pire des cas, ma peine. Attendre peut faire mal si on n’y prend garde, si on n’accepte pas, au départ, de lais­ser aller les choses, de s’en remettre au des­tin, à ses aïeux décé­dés, à la lune qui rythme les émo­tions. Attendre finit par faire vieillir un peu plus, même si, de toute manière, on vieillit tou­jours un peu plus, avec les joies et les peines.

Aujourd’hui, je n’ai pas déci­dé de sor­tir la bou­teille. J’attends d’avoir signé. J’ai quand même appe­lé tout mon monde, je l’aurais tout de suite crié sur Face­book, sur Google, j’ai plu­tôt décom­man­dé mon cours de chant, décom­man­dé aus­si un sou­per avec un ami, puis dit à mes deux amis du rez-de-chaus­sée, que je vou­lais res­ter avec eux.

J’ai encore peine à le croire. Je suis fier de mon texte et vais encore le scru­ter à la loupe, avec l’aide d’un ami, avant de l’abandonner tota­le­ment aux mains de l’éditeur. Écrire, c’est conce­voir, publier, c’est réel­le­ment mettre au monde. Je sais pour­tant qu’on peut accou­cher de plu­sieurs façons. Ce sixième roman ne fait pas de moi une célé­bri­té – et Dieu sait le nombre d’auteurs qui ont reçu des prix et dont peu de gens connaissent l’existence –, non, la célé­bri­té n’a pas d’importance, rien ne sert d’enfler plus qu’il ne faut l’ego. Évidemment.

Je ne vou­drais pas tom­ber dans les cli­chés. Je vais donc me taire. Il faut conti­nuer. Demain sera tou­jours un autre jour à recommencer.

Tou­jours est-il que ça ne change pas son monde, mais…

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