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Un voyage en Arcturus

Modifié le : 2019/08/07

Lun­di. Je me pro­po­sais d’écrire sur Un voyage en Arc­tu­rus, de David Lind­say, et puis je suis par­ti en pro­me­nade. Le temps est clé­ment et tou­jours aus­si gris comme un ciel euro­péen hiver­nal. De la pluie le lun­di, ça aide certes à com­men­cer à tra­vailler, sauf que je suis res­té accro­ché à mon bureau tout le week-end pour mettre en pages un rap­port d’une grande socié­té. Je n’ai donc presque pas eu de pauses même si je me suis réser­vé les soi­rées. Bref, comme en semaine. J’ai du mal à mettre, ce matin, à l’ouvrage.

J’ai encore beau­coup rêvé cette nuit. Mon ancien édi­teur m’annonçait qu’il repre­nait du ser­vice à cause de mon roman qu’il vou­lait abso­lu­ment publier. Il me remet­tait cepen­dant un texte rem­pli de cor­rec­tions. La fac­ture du livre était déjà déci­dée. Quelque chose de noir, qua­si mor­bide. J’annonçais la nou­velle à mon entou­rage qui n’affichait qu’une indif­fé­rence polie.

J’aurais pu rêver ain­si du roman de Lind­say, écrit en 1922, que j’avais déjà lu en 1982. Je me rap­pelle la date, car j’étais en phi­lo­so­phie, à l’université, et que je tour­nais autour de joli hété­ro à qui j’avais prê­té ce livre, et qui m’avoua l’avoir lu deux fois de suite tant cela l’avait bouleversé.

Le des­tin de Lind­say m’interpelle sûre­ment. Il n’eût pas de suc­cès avec ce roman, est mort peu de temps après avoir subi un choc ner­veux à la suite du bom­bar­de­ment de sa mai­son lors de la Deuxième guerre mon­diale (il était dans son bain ! Mais il est mort d’une mau­vaise injonc­tion pour soi­gner un abcès à une dent. Petite misère, quoi).

Pour­tant, ce Voyage en Arc­tu­rus est consi­dé­ré comme un roman phare de l’écriture fan­tas­tique, phi­lo­so­phique et de science-fic­tion. Tol­kein aimait beau­coup ce roman.

C’est ce genre d’écriture, je crois, que je vou­drais insuf­fler à mes propres textes. J’ai depuis une dizaine d’année un sujet qui me trotte dans la tête, une sorte de voyage dans douze royaumes bien pré­cis. L’idée a peut-être ger­mé incons­ciem­ment de la lec­ture de ce roman.

Je ne me consi­dère pas un grand scé­na­riste, ni même un grand intel­lec­tuel. Je n’écrirai jamais le pro­chain Lud­lum ou Fol­lett. Il me semble que ma vie ne s’occupe que d’elle-même, de ses humeurs. J’ai grande sen­si­bi­li­té des choses humaines et je suis prêt à voir le mer­veilleux dans de la boue. Je suis sans doute un enfant qui est déjà trop vieux pour grandir.

Tou­jours est-il que mes pro­me­nades me rendent de plus en plus le vague à l’âme. Mes heures sont des houles com­plexes, sou­vent magiques, mais sou­vent mélan­co­liques. Je passe d’une idée à l’autre, et par­fois, contre toute attente, une chan­son m’émeut au point que ma gorge se noue.

Je suis en ce moment à fleur de peau et les objets, les gens, bur­lesques ou que pas­sant, se laissent indif­fé­rem­ment cap­tu­rer. Je ne suis per­sonne. Et dans l’attente.

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