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Une idée du cerveau

La recherche pour comprendre qui et pourquoi nous sommes remonte aussi loin que l’idée que nous avons de nous-mêmes. Quand et comment l’être humain est devenu conscient de lui-même, quand et comment le reste de la nature s’est doté de mécanisme d’appréhension de la réalité, nous ne le savons que très peu.

En lisant The Idea of the Brain de Matthew Cobb, la question demeure entière. Tout est encore affaire de possibilités et de découvertes. Le livre nous raconte l’histoire de cette recherche sans fin de la réalité du cerveau, de ce que cet organe a pu représenter au travers les siècles, comment des livres entiers ont été écrits et s’écrivent encore sur le cerveau d’une larve de mouche, déjà complexe à nous faire croire qu’on n’arrivera jamais à gravir les parois glissantes de nos propres dimensions cérébrales.

À chaque époque sa métaphore, de la machine de Descartes, aux pistons manichéens du XIXe siècle pour finir avec les suppositions que le cerveau est un super ordinateur doué de pouvoirs incommensurables, le livre nous raconte comment, tels des aveugles, nous cherchons à saisir la manière dont se créent, se forment, s’inventent les pensées et les sensations.

Si nous avons découvert les dendrites et les synapses, les connectomes et les proto-ceci, les proto-cela, si on arrive à voir les éclairs surgir du brouillard du cortex, rien encore ne nous permet d’affirmer où se loge réellement notre âme ou notre conscience. On a cru un temps qu’on pouvait corriger les psychoses à doses plus ou moins fortes de substances chimiques, tirant sur les cordes de la sérotonine ou de la dopamine. Or, la science pharmaceutique n’invente plus rien et les fous demeurent des fous. On retourne prudemment aux électrochocs.

Le livre nous raconte une suite de réussites et d’échecs, et s’il est long à lire, il n’en décrit pas moins une fascinante réalité.

La publication date d’avril 2020, je ne saurais en juger l’exactitude de tout ce qui est dit. Ce livre rend toutefois suspects tous les autres bouquins qui prétendent parler avec certitude des gens du cerveau gauche et ceux du cerveau droit. Il est vrai que si, par accident, ou par opération chirurgicale, le corps calleux qui unit les deux hémisphères est rompu, l’individu se voit développer deux personnalités fort distinctes. Cela dure cependant un temps, car dans son intelligente plasticité, le cerveau tend à rétablir l’ordre. La conscience revient sur elle-même, en bonne gélatine qu’elle est. Le cerveau droit reçoit de l’aide du gauche et le gauche finit par comprendre les émotions qui étaient, au départ et en principe, le territoire prétendu du droit.

Ce qui est tenu en équilibre au-dessus de nos épaules est un phare dont les fondations trempent dans un océan d’évolution plus mystérieux que la crucifixion, les illuminations ou les sacrifices de n’importe quel mystique.

Comment contempler alors sa vie si on ne sait sur quel substrat elle repose, s’interprète ? Comme ils sont patients les hommes et les femmes qui passent leur existence à disséquer des mouches à fruits ! Cobb nous rappelle gentiment que malgré nos doigts numériques on en est encore à avancer, tâtonnant, au travers d’une bruine qui s’opacifie au fur et à mesure que le jour se lève.

L’auteur conclut son livre par des hypothèses qui s’entrechoquent les unes aux autres. On trouvera bien un jour, car nous sommes faits de chair et d’os, mais d’ici là, le cerveau poursuit son existence en gardant jalousement ses mystères dans sa gelée fragile, trompeuse et imprévisible. L’aventure est merveilleuse, encore faut-il posséder l’humilité de savoir qu’on n’en verra peut-être jamais la fin. Du moins jusqu’à la prochaine métaphore.

The Idea of the Brain. The past and future of neuroscience_, Matthew Cobb, Basic Books, New York. 2020.

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