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Une méduse est...

Modifié le : 2019/07/20

Mon pre­mier ex m’a deman­dé, il y a quelques jours, de regar­der sa carte du ciel. Bien qu’il soit diplô­mé à l’université, bien qu’il n’y prê­te­ra qu’une oreille offi­ciel­le­ment dis­crète, son cœur le pousse à entrer dans la tente du sha­man. Je com­prends le fee­ling ; mal­gré les tomes de rai­son­ne­ments scien­ti­fiques vague­ment écrits sur la chose, j’ai tou­jours conser­vé avec moi les cartes du ciel de mes proches et j’ai regar­dé moi aus­si de ce coin de l’œil ani­mal la réponse que pou­vaient me sug­gé­rer les étoiles.

Je ne pars et ne veux par­tir de débat ici. Je ne lis pas les stu­pi­di­tés géné­ra­li­sées des astro­logues. Pour savoir navi­guer dans ces eaux, il faut étu­dier, en prendre et en laisser.

Pour mon ex, j’ai eu le réflexe de reve­nir en arrière et de regar­der l’ensemble de sa vie tel que les tran­sits me la décrivent. Il s’agit de grands thèmes, des idées, des pistes. J’ai regar­dé l’année 1983, l’année de notre sépa­ra­tion. Nous étions certes très jeunes, dans nos bal­bu­tie­ments amou­reux. J’ai com­pris des choses que je gar­de­rai pour moi et pour lui. Puis, j’ai fait le même exer­cice avec mes don­nées astro­lo­giques. En enle­vant le bruit anor­ma­le­ment éle­vé de ce genre de cal­culs, j’ai iso­lé les grands voya­geurs du ciel, leurs pas­sages sur des points sen­sibles de ma carte du ciel, ai décou­vert, avec qua­si stu­pé­fac­tion que l’arrivée de cha­cun de mes livres se fai­sait sous l’égide de Saturne, le sculpteur.

Il y sera, fin 2014, autre­ment cepen­dant, plus stable, comme si les Mailles san­guines allaient se récol­ter à l’automne de mon art, belles et matures. Il y aura sur­tout Jupi­ter à l’ascendant, ce qui, en prin­cipe, dénote une étape de crois­sance impor­tante. J’y vois de grandes voiles, un espoir.

Pour en reve­nir à mon bel ex (je le trouve tou­jours beau), je ne sais com­ment abor­der « son ciel ». Non pas que j’y vois du mal­heur, mais je le connais fina­le­ment si peu. Trente ans se sont écou­lés sans vrai­ment savoir ce que l’autre vivait, fai­sait. Si un psy­cho­logue a besoin de lon­gue­ment inter­ro­ger la per­sonne devant lui avant d’offrir des pistes de solu­tion aux pro­blèmes sou­le­vés, il en va ain­si de l’astrologue sou­cieux. Une carte du ciel n’est qu’un plan, un dia­gramme, une pierre de Rosette. Cha­cun mène sa barque comme il l’entend, cha­cun agit, conscient ou pas, selon la houle sur l’océan. Et l’astrologue doit savoir com­ment son client a mené sa barque.

Je me suis tou­jours dit que, si un jour je me retrou­vais sans le sou, sans moyen, je ferais comme en 1984, lorsque j’étais sur l’aide sociale, je me remet­trais à faire des cartes du ciel pour les autres. Mais l’eau a bien cou­lé depuis. Je suis un roman­cier qui aime racon­ter des his­toires. Une carte du ciel est un bon moyen pour lais­ser aller son ima­gi­na­tion. Je serais sans doute hési­tant avant de jouer à l’imposteur d’avenir.

Je n’en suis pas là non plus. Ura­nus se levait à l’horizon quand je suis né. Je suis bel et bien un fils des regards kaléi­do­sco­piques. Un arbre est un arbre, un arbre est une antenne, une antenne est une méduse, une méduse est une folie, une folie…

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