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Une mort stupide

Cette semaine, j’apprenais par hasard la mort de Jóhann Jóhanns­son, com­po­si­teur influent de cette ère que l’on dit moderne. Si je dis « par hasard » c’est que sa mort est sur­ve­nue il y a deux ans. Bête­ment, pour­rait-on dire. Cocaïne et médi­ca­tion contre le rhume ne font pas bon ménage, semble-t-il. C’est à la fois une tra­gé­die et un non-évé­ne­ment. Com­bien sont-ils à appa­raître et dis­pa­raître ain­si sur cette étour­die de pla­nète ? On dira que c’est bien dom­mage, car l’homme n’avait que qua­rante-huit ans et qu’il avait tant encore à créer. Mais qu’en sait-on au bout du compte ? N’en est-il pas ain­si des étoiles filantes que si elles sont mer­veilleuses, c’est qu’elles sont éphé­mères et lumineuses ?

L’œuvre de Jóhanns­son ne s’écoute pas long­temps avant qu’on ne sombre dans une sorte de léthar­gie monas­tique. Beau­coup de ses œuvres s’écoutent comme on peut boire du vinaigre mélan­gé à du vin. À petites doses inspirantes.

Et plus je vieillis, plus il me semble res­pi­rer de la même manière, à vou­loir me nour­rir de quelque opium en vivant dan­ge­reu­se­ment près de la falaise bruyante du néant.

Com­ment est mort le com­po­si­teur, vrai­ment ? Aura-t-il été sur­pris de se voir sou­dain reti­rer le souffle après avoir snif­fé sa ligne ? Avait-il tel­le­ment ingur­gi­té de cette sub­stance qu’il lui fal­lait doré­na­vant com­battre de chro­niques défec­tuo­si­tés sinu­sales ? Ce génie souf­frait-il d’un mal inson­dable et que, au final, ce simple mélange acci­den­tel de sub­stances était en réa­li­té un sui­cide invo­lon­taire ? On ne le sau­ra jamais ? Les astro­logues diront qu’il avait tout de même Soleil en Vierge conjoint Plu­ton. Ça ne par­donne pas, ça, au niveau de l’intensité. C’est un chau­dron de mons­trueuses et dan­santes laves et d’incandescentes possibilités.

Les gens meurent n’importe quand et n’importe com­ment. C’est la loi du nombre qui per­met à l’humanité d’avancer sur son chemin.

En sa mémoire, un qua­tuor à cordes, le Echo Col­lec­tive, a repris de sa musique en la débar­ras­sant de l’électroacoustique dont s’entourait le com­po­si­teur. Cela s’écoute comme une prière lan­cée au milieu d’un champ d’automne. La mélan­co­lie est une belle chose pour ceux et celles qui savent la recon­naître et la boire.

Jóhanns­son demeure pour moi le com­po­si­teur de Odi et Amo, d’après un poème de Catulle. J’avais fait ins­crire le début de ce poème en exergue de Falaise.

Odi et amo. Quare id faciam, for­tasse requi­ris. Nes­cio, sed fie­ri sen­tio et excrucior.

Je hais et j’aime. Com­ment cela est-il pos­sible ? te deman­de­ras-tu peut-être… Je ne le sais, mais je le sens, et c’est un supplice.

Commentaires

  • Diane

    Diane 2020/08/15 15:45 0

    Beau texte comme toujours. J’ai trouvé aussi la musique très belle mais qui vient chercher une tristesse en nous.

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