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VLB Éditeur

Modifié le : 2019/07/27

Je vais certes finir par me cal­mer. J’ai reçu hier le contrat de VLB Édi­teur. On me deman­dait de para­pher à l’encre bleue toutes les pages du contrat, puis de signer sur la dernière.

Je suis deve­nu trop moderne. Pas un sty­lo chez moi. J’aurais pu deman­der au voi­sin, mais il fal­lait vrai­ment me cal­mer. Je suis donc par­ti en métro vers une pape­te­rie du centre-ville, rien de moins. Pen­dant le tra­jet, j’ai retra­vaillé un cha­pitre, manus­crit révi­sé par Per­ig en main, et dans l’autre mon iPad Mini.

J’en ai pro­fi­té pour faire l’épicerie de la semaine, puis suis retour­né à la mai­son, tou­jours le manus­crit sous mes doigts. Ce pas­sage, là, au 33e cha­pitre, ne me plai­sait pas du tout. Trop rapide en émotions.

Après avoir ran­gé les courses, j’ai lu le contrat, plu­tôt stan­dard, ai para­phé, signé, suis des­cen­du au rez-de-chaus­sée faire signer, en tant que témoin, Laurent. VLB four­nis­sait l’enveloppe affran­chie pour le ren­voi de leur copie. 1,34 $ le timbre ? Suf­fi­sant ? J’ai trop peur de pro­blèmes. Je file au bureau de poste, pas loin et on me confirme que tout est en ordre. La pré­po­sée au comp­toir sort son gros tam­pon et l’abat sur l’enveloppe, ce qui scelle l’entente. L’enveloppe file dans une fente.

Je sors du bureau de poste, ner­veux. C’est du sérieux, main­te­nant. Une grosse mai­son d’édition m’a rete­nu. Curieu­se­ment, j’angoisse sur le pro­chain texte à écrire, pas sur celui qui n’est pas encore entiè­re­ment révisé.

À la mai­son, inca­pable de tra­vailler même si des clients attendent. J’ai un peu mal à la tête, je décide de prendre un bain. Je m’endors presque. Mes amis m’attendent pour le repas. J’emporte avec moi la bou­teille de mous­seux, celle qui traî­nait dans mon réfri­gé­ra­teur depuis octobre et qui avait été oubliée dans le fond d’une armoire pen­dant quatre ans.

L’ivresse com­mence. Le repas est fort bon. Confit de canard qué­bé­cois qui, pour une fois, n’est pas sec et moins cher que ce qui se vend en épi­ce­rie. Bon vin rouge. La tête me tourne. Je finis par retour­ner chez moi, inca­pable de me cou­cher vrai­ment. J’ai trop bu. Le foie n’est plus habi­tué aux émo­tions et aux bulles.

Au matin, j’ai fait un rêve. Je gagnais cinq mil­lions de dol­lars. Je me suis réveillé, déçu de m’apercevoir qu’il n’en était rien. Sur la table de che­vet, mon iPad et le manus­crit. Je com­mence à me cal­mer, je vais ces­ser d’en par­ler, je vais retour­ner au fond de la grotte, pour non pas hiber­ner, mais pour y trou­ver la matière opaque de la soli­tude sur laquelle pui­ser l’eau de ma parole.

Mer­ci VLB Édi­teur. Je me calme. J’ai du tra­vail à faire.

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